Quand la nuit devient jour, de Sophie Jomain

quand-la-nuit-devient-jour-760997

L’histoire : « On m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.
J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée. »

« Les maladies incurables sont généralement visibles à la longue, mais la mienne est sournoise. Elle se cache et donne l’illusion de ne pas exister. Elle est pourtant bien là, chaque jour, chaque nuit. Elle court dans mes veines comme un poison et insufle à mes poumons un air irrespirable. »

Ma note : 4/5

12721559_10209688453991414_1357940061_n

Mon avis : J’entends depuis très longtemps parler de Sophie Jomain sans jamais avoir lu aucun de ses romans. La quatrième de couverture de ce roman ci, « Quand la nuit devient jour » avait tout pour me plaire. Une histoire qui pourrait tout à fait être réelle, émouvante et triste, qui nous conte le combat au quotidien d’une jeune femme pour qui l’existence n’est qu’un enchaînement de douleurs aussi bien psychiques que physiques et qui choisit de mettre fin à ses jours afin de s’en libérer.

Camille est née dans une famille des plus normales. Un père et une mère qui travaillent, qui l’aiment, qui la soutiennent. Une enfance heureuse dans un petit village de France. Mais Camille cache en elle une souffrance dès son plus jeune âge : elle ne s’accepte pas, n’accepte pas son corps. Elle grandit, oscillant entre anorexie et boulimie, entre maigreur extrême et obésité, se mutilant et n’osant plus se regarder dans un miroir, détestant son image. Son mal être n’est pas visible mais il est bien là, se manifestant par de terribles maux. Traitements, thérapies, rien n’y fait, Camille ne veut plus de cette vie. Elle décide donc d’y mettre un terme, mais pas de n’importe quelle manière : elle sera euthanasiée. Nous suivons donc dans ce roman son parcours, de sa plus tendre enfance à sa délivrance.

« J’ai toujours été rebutée par l’idée de me contempler dans un miroir. La petite fille aux longs cheveux blonds, timide, réservée et nerveuse qui m’observait fixement était une étrangère que je n’acceptais pas. Je ne la comprenais pas. Elle m’effrayait même. Je l’ai donc évitée le plus longtemps possible. »

Que dire de ce roman? C’est une merveille… Que dire de Camille? C’est une femme véritablement forte. Elle m’a tellement touchée. Je me suis identifiée à elle, je me suis mise à sa place, j’ai compris sa douleur et j’ai compris pourquoi elle en arrivait à faire ce terrible choix. Je sais qu’il peut apparaître comme une solution de facilité, mais il n’en est rien. Beaucoup de personnes jugent les gens qui souffrent de dépression, pense qu’avec de la volonté, on peut se sortir de cet état, mais en lisant Camille, l’on comprend que cela n’est pas qu’une affaire de volonté ou d’espoir. Elle a tenté de se battre mais sans jamais y arriver. Et même si pour moi la vie est un cadeau précieux, elle m’a fait admettre que la dépression est une véritable maladie et que l’on peut avoir envie d’en finir avec la vie.

Malgré la difficulté des thèmes abordés dans ce roman, la dépression et l’euthanasie, ce roman est une ode à la vie, un message d’espoir. Il m’a bouleversé, m’a touché, m’a fait pleurer. Mais surtout j’ai espéré, j’ai espéré que Camille change d’avis, qu’elle trouve au moins une raison dans le monde, dans son monde, de vivre. J’ai espéré jusqu’à la fin, dont bien évidemment je ne vous parlerai pas, mais que j’ai énormément apprécié, même si elle ne correspond pas vraiment à ce que j’attendais. J’ai terminé ce roman avec une furieuse envie de vivre et de profiter de la vie, ainsi qu’avec une idée tout autre de celle que je me faisais de la dépression… Sophie Jomain, vous êtes une auteur talentueuse et merveilleuse que je ne manquerais plus de lire!

« Ce sont les trois jours que j’ai passés chez mes parents pour les fêtes de fin d’année qui ont déclenché la première crise alimentaire m’envoyant tout droit à l’hôpital. Parce que ma mère me trouvait anormalement maigre, elle avait veillé à cuisiner des plats gras et sucrés à souhait. Je savais que si je ne mangeais pas, j’irais au-devant de remontrances, critiques et discussions moralisatrices que je voulais éviter à tout prix. Mes parents n’avaient pas leur pareil pour mettre en œuvre toutes leurs notions de pédagogie dans le but de me faire plier. J’allais sur mes vingt-cinq ans, j’étais indépendante socialement et financièrement, mais je n’étais pas suffisamment bien dans mes baskets pour ne pas être affectée par le harcèlement psychologique. Ils n’avaient pas conscience d’en faire preuve, et pourtant… »

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s